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Jerome Keating , Ph.D.Taiwan, qui est ta maman?translated by Jerome Besson2007-11-28 Deux différents articles, apparemment sans lien et publiés la semaine passée, confirment la spécificité de l’histoire et de l’identité taïwanaises. Ils révèlent comment le caractère taïwanais, plus honnête que le caractère chinois dans l’analyse et la confrontation de son passé, peut aussi être plus ouvert à beaucoup de choses, y compris la démocratie. Le premier article a trait à la découverte que des objets en jade extraits des fouilles de Fengtian (Hualien de nos jours) ont été trouvés non seulement à Taiwan, mais encore aux Philippines, en Malaisie, au Vietnam et en Thaïlande. Cette découverte indique que des courants d’échanges maritimes s’étaient développés il y a environ 5.000 ans. Cet article publié dans la dernière parution des Annales de l’Académie Nationale des Sciences précise que le “jade de Fengtian a une tonalité verte translucide distinctive et des taches noires,” et qu’ “un atelier énorme a existé à Fengtian dès 3000 av. J.-C.” Les éclats de jade de Fengtian les plus anciens trouvés hors de Taiwan l’ont été aux Philippines et ils remontent à 2000 ans avant notre ère. Hsiao-chun Hung, de l’Université Nationale Australienne à Canberra ajoute, “avant, les chercheurs considéraient que tout le jade trouvé aux Philippines provenait de la Chine ou du Vietnam. Notre analyse. . . nous a permis de constater l’origine taïwanaise de la majorité des ornements en jade trouvés aux Philippines.” Des fouilles archéologiques supplémentaires en Malaisie, au Vietnam et en Thaïlande ont mis au jour environ 144 objets dont l’origine, remontant à l’ancien atelier de Fengtian, a été vérifiée. Plus près de nous, du Vème siècle av. J.-C. au Ier siècle de notre ère, le jade de Fengtian a été également exporté vers les ateliers d’Asie du Sud-Est. Considérant que le Japon a été la première puissance qui a administré la totalité de Taiwan (1895–1945). Considérant que la moitié orientale de l’île (où Fengtian se trouve) n’avait précédemment jamais subi aucun contrôle étranger, autant occidental qu’oriental, y compris sous la défunte dynastie mandchou des Qing. Il découle des découvertes ci-dessus les questions suivantes. “Qui extrayait et façonnait ce jade dès 3000 av. J.-C.? Qui était impliqué dans le commerce avec les Philippines, la Malaisie, le Vietnam et la Thaïlande ? Et, quelle a été leur histoire?” Nul doute qu’il a dû y avoir une sérieuse participation des peuples indigènes taïwanais. Certains étaient des peuples marins et des théories déjà concrétisées prouvent que les maoris de la Nouvelle-Zélande sont d’ascendance taïwanaise. Peuples marins, donc également commerçants. Nul doute, non plus, que des peuples originaires d’ailleurs auraient été également impliqués dans l’histoire de ce commerce maritime florissant et auraient visité Taiwan. Ceci offre une perspective totalement différente et non encore explorée sur la diversité et le caractère des aborigènes de Taiwan. Certains étaient chasseurs de têtes et, comme je l’ai décrit dans un article précédent, continuent de nos jours la chasse au sanglier dans leurs montagnes. Mais, comme l’industrie du jade l’indique, rien ne correspond à la description des “sauvages crus” évoquée dans les textes de la dynastie Qing, et Taiwan n’était pas non plus la “motte de terre” décrite. De nouvelles conjectures s’imposent. Il apparaît évident que ce commerce du jade taïwanais pré-date d’une trentaine de siècles l’avènement du premier empereur de Chine (Qin Shi Huang-Di), ce roi des Qin en qui les Chinois Han aiment à glorifier l’unificateur de la nation, suite à l’établissement de la suprématie de Qin sur six autres Royaumes Combattants en 221 av. J.-C.. L’existence maritime des indigènes taïwanais s’est développée longtemps avant le premier Huang-Di des Qin et longtemps après lui et n’a jamais été partie de son monde. Il est regrettable que les aborigènes de Taiwan n’ont jamais eu, ni senti la nécessité culturelle d’avoir recours à des historiens de cour pour écrire et réécrire l’histoire pour glorifier leur autorité et pour la présenter comme base du monde. Ils n’ont pas stigmatisé non plus les étrangers comme barbares. Taiwan, dis, qui est ta maman ? Le deuxième article de cette semaine passée indique que la plupart des Hoklos et des Hakkas de Taiwan ont les gènes indigènes. Marie Lin, directrice de recherches médicales à l’Hôpital Commémoratif Mackay, a réalisé des études d’ADN sur les taïwanais ethniquement non-indigènes et a constaté que 85 % ont les ancêtres indigènes. Cette étude a également constaté que seulement 1.5 % de la population actuelle de Taiwan est indigène pure. Il y a longtemps eu une tournure de phrase propre à Taiwan indiquant que la plupart ici ont une grand-mère indigène et un grand-père Hoklo ou Hakka. L’étude de Lin vérifie cet adage et va plus loin en indiquant que plus de 90 % des Hoklos et des Hakkas ont en plus une ascendance sud-est asiatique et vietnamienne. Leur ascendance vietnamienne est génétiquement plus semblable aux populations de l’Asie du Sud-Est qu’aux Hans du nord de la Chine. L’ADN ne trompe pas. Quand, à tous ces résultats d’ADN, s’ajoute le fait que la population statistique officielle est 73.5 % Hoklo, 17.5 % Hakka, 7.5 % continentale (cette part de la population formée de ceux qui sont arrivé après 1945 et qui se targuent de leurs liens chinois Han) et 1.5 % aborigène, une image totalement nouvelle du fond ethnique taïwanais se révèle. Même les 7.5 % de continentaux récents (non couvert par l’étude) ont commencé à se fondre par mariage avec les taïwanais et les aborigènes. Plus d’information sur l’héritage génétique diversifié et l’ADN des taïwanais est accessible à l’adresse Internet suivante : http://www.taiwandna.com La minorité ne devrait pas imposer sa loi sur la majorité. A Taiwan, pourtant, c’est ce qu’ont cherché et momentanément réussi à faire la minorité des 7.5 % de continentaux arrivés après 1945. Ils ont apporté avec eux cette mentalité impériale chinoise qui réécrit l’histoire de sorte que même dans la défaite ils ont glorifié et idéalisé l’aspect sordide de leur propre passé et de leur perte de la Chine. En contrôlant la presse et l’éducation ils ont, pendant plus de cinquante ans, endoctriné leurs propres enfants et ont essayé d’endoctriner les taïwanais pour entretenir la croyance que Han était mieux, que la taille importait et que l’histoire de Taiwan devrait être l’histoire de “nos ancêtres les Hans”. Heureusement, beaucoup de taïwanais ne s’y sont laissé prendre. Qu’est-ce que le jade et les études d’ADN ont à voir avec l’identité et l’honnêteté des taïwanais et leur propension à la démocratie ? Assez de Taïwanais ont pu voir à travers la propagande du Parti Nationaliste Chinois (KMT). Ils ont constaté que le vrai taïwanais est resté fier de son île et de son héritage. Ils n’avaient que faire d’un quelconque lien fallacieux avec l’“Empereur Jaune” ou ses successeurs pour satisfaire leur fierté. Les taïwanais sont un peuple insulaire depuis longtemps accoutumé à l’influx de et à l’interaction avec beaucoup de cultures et aussi à la colonisation que plusieurs puissances leur ont imposée au cours de leur histoire. Le caractère chinois est différent du caractère taïwanais. Les vrais taïwanais n’ont que faire de leur taille pour rassurer leur amour-propre ou pour se mettre en valeur. Ils peuvent être fiers de leur ascendance indigène, de leur île, et de leurs accomplissements. Et c’est assez. La plupart des chinois par contre souffrent de deux maux. Comme des adolescents, ils ont cette fixation sur la taille. Et cette manie est le produit d’un autre mal : l’endoctrinement incessant, fondé sur l’écriture et la réécriture partiale et maniaque de l’histoire sur le modèle des historiens de cour de jadis. Pour eux, plus c’est grand, mieux c’est. L’amour-propre chinois Han repose sur la taille et l’acquisition. L’empire mongol est réécrit comme la dynastie chinoise des Yuan ; l’empire mandchou est réécrit comme la dynastie chinoise des Qing. Plus c’est grand, mieux c’est. Les terres mongoles et mandchous et leurs frontières doivent être revendiquées comme territoires et frontières chinoises. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent pas laisser le Tibet indépendant. C’est pourquoi ils se doivent de contrôler le Xinjiang. C’est pourquoi ils ont tâché de contrôler la Mongolie et n’ont été satisfaits qu’une fois acquis l’état tampon de la Mongolie intérieure. C’est pourquoi ils restent le seul voisin prédateur menaçant Taiwan. Ils revendiquent Formose-la-belle en tant qu’élément inséparable de leur sol sacré. Bizarrement, les théories partisanes et tendancieuses des historiens de cour ont été gobées par quelques crédules historiens occidentaux. Qui n’a pas entendu l’expression de la sentimentalité larmoyante des ethnocentristes chinois Han pleurant les gloires passées de leur factice communauté imaginée et comment ils ne peuvent pas avaler la pilule de la mère patrie divisée? Qui n’a pas entendu la Chine alternativement menacer et pleurnicher pour justifier sa rapacité ? Taiwan a déjà souffert et a subi semblables sentimentalité et propagande larmoyantes dans le passé. Chiang Kai-shek a régulièrement déclaré aux taïwanais qu’il en allait de leur honneur et de leur destin de reconquérir le continent (sous sa houlette, bien sûr) contre la République Populaire de Chine. Il les a contraints à prendre part à une guerre civile qui avait lieu sur des rivages lointains et avec laquelle ils n’avaient rien à faire. Tout cela était prétexte à retarder l’avènement de la démocratie et pour assurer à Chiang la justification et la pérennisation de sa revendication au titre d’“empereur,” de chef qui les ramènerait en Terre Promise. De l’autre côté du détroit, la même tactique sert à endoctriner et pérenniser le contrôle sur la Chine par une minorité semblable. Taiwan dis nous qui est ta maman, ta vraie maman ? Prenez en compte les découvertes archéologiques et génétiques récentes et non pas la propagande du KMT ou de la RPC. Souvenez-vous de tous les pays dont les drapeaux ont flotté sur Taiwan. Lequel, parmi ces pays, aurait meilleure justification pour réclamer Taiwan comme un coin de son “sol sacré” sinon le Japon? Le Japon est le premier pays qui a administré toute l’île. Pourtant, ni le Japon, ni les puissances plus anciennes qui ont jadis régné sur Taiwan se livrent à une telle sentimentalité larmoyante pour déplorer la perte du sol sacré. Ils peuvent discerner la différence entre communauté vraie et imaginée, et ne partagent pas la rapacité et la volonté d’empire que la Chine entretient. Les capacités de Taiwan de progresser vers la démocratie ont été trouvées en acceptant et non pas en glorifiant ou en montant en épingle une quelconque période de son histoire diverse. Taiwan permet à ses citoyens d’élire son président au suffrage universel. Taiwan évite le piège qui consisterait à réécrire son histoire à l’instar du KMT ou de la RPC, pour privilégier une élite. La démocratie n’est pas fondée sur l’appartenance à une race, mais sur des principes. Respect de soi-même, honnêteté face au passé, et participation de tous sont les fondements de la démocratie. Taiwan le comprend, mais pas la Chine. C’est pourquoi Taiwan est devenu une démocratie et la Chine n’y parviendra qu’une fois réveillée à cette vérité. Un Taiwan libre est crucial à une Asie libre. Taiwan a su confronter son passé et l’accepter. Quand un fils de continental, né à Hong Kong, sournoisement favorable à une unification avec la Chine, prétend signifier à Taiwan que sa mère est encore là-bas, au-delà du détroit, quelle ironie ! Dis, qui est ta mère, Taiwan ? Tu le sais ? Alors, ne l’oublie pas, et ne laisse quiconque te dire différemment. D’autres articles sont disponibles à http://zen.sandiego.edu/Jerome |