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Jerome Keating , Ph.D.Liberté… Eglise Presbytérienne Taïwanaise… Religion… Chine…translated by Jerome Besson2007-12-10 Cette semaine passée j’ai eu l’occasion de rencontrer Wendell Karsen, de l’ Eglise Réformée en Amérique (RCA) pendant qu’il était interviewé par Linda Arrigo au sujet de ses expériences à Taiwan où il a servi avec l’église Presbytérienne de 1969 à 1973. Karsen est au nombre des expatriés qui, à l’époque, ont été expulsés et/ou mis sur la liste noire du Parti Nationaliste Chinois (KMT). C’était l’époque de la terreur blanche. Le KMT appliquait strictement sa loi martiale. Espions et délateurs pullulaient. Remettre en question leur dictature et/ou défendre les droits de l’homme, c’était se mettre à leur merci. Karsen, encore vif et actif dans ses soixante-dix, est officiellement à la retraite mais continue à porter un vif intérêt à Taiwan. Ni trublion ni brandon ardent, c’est un homme simple consacré au sacerdoce. Sa vie est en contraste total avec celle de ceux qui l’ont harcelé durant son séjour ici, qui ont interrompu les programmes sociaux de son église et qui lui ont finalement refusé réentrée dans le pays. En bon chroniqueur de sa vie quotidienne, Karsen peut se lancer dans la description détaillée de ses démêlées avec le KMT, de personnes emprisonnées pour raisons politiques, et du manteau d’oppression qui flottait sur l’île en dépit de la façade de normalité et de respect de la démocratie maintenue par le KMT. J’aurai l’occasion de revenir sur les nombreux épisodes racontés par Karsen et auxquels il consacrera un livre. Je rapporterai seulement une observation astucieuse qu’il a faite tôt dans notre conversation. Arrivé en 1969, Wendell s’était vite rendu compte que le KMT et l’Eglise Presbytérienne étaient destinés à croiser le fer. Croiser le fer, ai-je demandé, et pourquoi ? Voilà des mots étranges, venant d’un simple missionnaire. La réponse coulait de source. L’Eglise Presbytérienne était organisée, comparativement large et intelligente. Cocktail délétère, cauchemar de toute dictature. Ils savent qu’avec de telles organisations, les personnes sensées remettront tôt ou tard en question les motifs et les résultats de leur régime. Plus une église digne de ce nom s’impliquera dans le social, plus tôt viendra la confrontation. Avec les mots de Karsen à l’esprit, je ne pouvais chasser un sentiment du déjà vu. Combien la dictature du KMT à Taiwan en ce temps-là ressemble à celle du parti communiste en Chine maintenant. Pour renforcer cette comparaison, alors que Karsen, mis sur la liste noire, servait à Hong Kong vers la fin des années soixante-dix, à Taiwan le KMT proposait une loi qui lui aurait permis de contrôler les églises, saisir leurs biens et leur dicter leur conduite. Suite à la levée de boucliers des églises et au tollé causé dans la presse internationale, le passage de la loi a avorté. Aujourd’hui, la Chine communiste pousse pour le même contrôle sur les religions. Et la Chine a un avantage. Elle ne s’encombre pas de prétentions à la démocratie et s’est déjà acquise le silence de nombreux défendeurs des droits de l’homme et de la liberté de religion. La Chine réussira-t-elle? Taiwan doit sa liberté et sa démocratie aux organisations taïwanaises et internationales et aux étrangers expatriés à Taïwan qui se sont opposés au KMT au prix de leur moyens d’existence et, pour certains, de leur vie. La dissémination sans la facilité de l’Internet, sous le manteau et vers l’étranger, de l’information sur les abus commis par le KMT contre les droits de l’homme et les prisonniers politiques est digne d’un roman d’espionnage. Participante active au changement, l’Eglise Presbytérienne a toujours été un défenseur dévoué de la démocratie à Taiwan. Un tel changement est-il envisageable en Chine? Les personnes impliquées à Taiwan, ni espions, ni insurgés, étaient des gens décents motivés non par l’appât du gain mais par la justice, les droits de l’homme et un souci humanitaire. Les événements auxquels Karsen s’est vu mêlé en son temps ont promu l’éclosion d’autres mouvements sociaux et ces développements ont abouti à l’incident de Kaohsiung en 1979 et, finalement, à la démocratie. C’est là où la Chine reconnaît la nécessité de contrôler les églises et la liberté religieuse et c’est pourquoi elle pourchasse le Dalaï Lama partout où il va. Les articles du Dr. Keating sont disponibles en anglais à : Jerome F. Keating’s Writings |